Pardonner pour se sentir mieux ?

Le pardon est proposé comme la solution miracle à nos souffrances. On lit souvent que pardonner nous libère d’un poids et que rester dans la colère nous maintient dans le passé. Pardonner pour se sentir mieux ? une question qu’on est en droit de de poser quand on a quelque chose à pardonner ou se faire pardonner.

Aussi, je vais préciser dans quel cadre j’aborde le pardon puisque je suis thérapeute et que j’accompagne des personnes qui expriment une souffrance.

Dans cet article, je vais donc délimiter le sujet du pardon à des situations individuelles. Volontairement, je ne parlerai pas de victimes d’attentats, de guerres ou de génocide.

Pardonner, la part donnée

Le pardon impliquerait qu’une faute a été commise et que la victime consent à ne plus en vouloir au coupable.

Or, la plupart du temps, celui qui nous a blessé n’exprime pas de regrets et ne demande pas pardon. Nous devons alors rester seul face à l’injustice d’être victime de quelque chose ou de quelqu’un sans pouvoir obtenir réparation ou la reconnaissance de notre douleur.

Pour autant, une personne peut demander pardon et nous sommes libres d’y consentir. Le simple fait de demander pardon peut aider à se reconstruire mais les conséquences des faits demeurent.

En effet, nous mettons dans la relation beaucoup de nous-mêmes dans un couple, une amitié, un travail. Notre réaction est à la mesure de notre engagement affectif.

Le temps est donc nécessaire pour intégrer la situation, la conscientiser. Le premier aspect est souvent émotionnel (colère, tristesse, peurs etc.).

Le sentiment d’impuissance se mêle à la culpabilité d’avoir été naïf, d’avoir fait confiance. De nombreux patients expriment ce sentiment de trahison par un ami, un parent, un compagnon et ressentent un sentiment de profonde injustice.

Beaucoup d’articles et de livres sur le pardon prônent la dimension curative du pardon comme un poids de haine et de ressentiment dont on se libèrerait en rendant à l’autre sa part de responsabilité (part donnée).

Le pardon pour se délivrer

Est-ce que pardonner aide à passer à autre chose, à aller de l’avant ?

En effet, entretenir le ressentiment c’est toujours un sentiment, l’autre face de la médaille amour/haine.

Je dirais que chaque individu fait un parcours singulier face à sa souffrance. On peut avoir la volonté de pardonner rapidement (déni) afin de ne plus souffrir ou au contraire refuser le pardon catégoriquement. C’est à mon sens quelque chose d’intime qui n’est dicté ni par les autres, ni par notre mental.

Le pardon survient alors quand on se sent en paix en présence d’une personne ou en ayant fait le choix de s’en éloigner. Quelquefois, la réconciliation sera possible si les deux protagonistes souhaitent faire un pas l’un vers l’autre, engager un dialogue sincère. Tout va dépendre de l’intention de chacun pour maintenir la relation. C’est souvent le cas entre parents séparés qui souhaitent offrir à leurs enfants un climat apaisé.

On a parfois l’impression d’avoir pardonné mais inconsciemment nous souffrons encore. Cela peut se manifester de diverses manières par des symptômes physiques, des états émotionnels inexplicables alors qu’en apparence tout va bien.

Pardonner pourquoi, pour qui ?

Il ne s’agit pas d’excuser, de cautionner ou de déresponsabiliser l’autre. Le pardon est souvent associé à une résignation, une forme de faiblesse. Or, le pardon est un processus de lucidité. C’est pourquoi débuter une thérapie par la parole ou avec l’hypnose permet d’éclairer les aspects conscients et inconscients d’une situation qui nous a fait souffrir.

Pour cela j’accompagne les personnes non pas à revivre le passé mais à identifier toutes les conséquences sur notre présent. Car trouver la cause, remonter à l’origine ne suffit pas, on s’occupe ensuite de donner un sens à ce vécu.

Pardonner, prendre à nouveau sa place, s’autoriser à être heureux. Certains diront même grâce à cet événement qui a forgé leur détermination, leur courage ou leur désir de vivre autrement par la suite. C’est le cas de cet homme qui a découvert que toutes ses qualités d’autonomie, d’ingéniosité, sont nées d’une absence totale de ses parents qui souffraient d’alcoolisme. Et c’est aussi les mots de cette femme, victime d’humiliations qui a développé une grande sensibilité aux enfants et au respect de leurs droits jusqu’à en faire son métier.

Pour finir, le pardon n’est pas un concept, c’est une expérience. Je me souviens de cette femme qui a senti de la compassion pour sa mère et qui m’a dit « je peux à nouveau l’aimer même si elle n’est plus là aujourd’hui ».

Pour aller plus loin…

Un jour, nous pardonnons tout simplement parce que nous sommes en paix. Les souvenirs restent intacts, simplement notre état d’esprit se détache de la situation pour se tourner vers le présent. Nous pouvons porter le sac à dos toute notre vie ou le laisser sur le bord du chemin et avancer plus libre, plus léger vers demain. Et on peut aussi se pardonner de ne pas y arriver…

Je vous invite à partager un commentaire ou me poser une question, j’y réponds toujours avec plaisir.

10 commentaires

  1. Merci Stéphanie pour ce sujet très intéressant que je connais bien. J’aurai aimé savoir si pour toi la résilience y est associée ? Faut il se dire que pour rester en bon terme et pour éviter des dommages collatéraux le pardon est nécessaire ? Comment comprendre ceux qui ne pardonnent pas et restent dans la rancune ?
    J’ai encore du mal à analyser tout ça.
    Bonne soirée
    Bises

    • Bonjour Marie Jeanne en effet la résilience est un processus qui consiste à surmonter un traumatisme. Le pardon est une étape selon moi vers la résilience qui symbolise pour moi la faculté de se reconstruire. Il n’y a pas de règle à s’imposer, d’obligation de pardonner. Certains ont besoin de maintenir la rancune comme un moteur. Il y a cette notion de combat, tant que je lutte je ne me laisse plus faire, j’affronte l’autre. On fait comme on peut avec les outils dont on dispose. Le temps aide parfois. Merci de ta visite.

  2. Hello, vaste sujet qui mérite une longue réflexion. J’oublie facilement les petites trahisons mais j’ai du mal à pardonner quand les personnes s’acharnent et veulent me nuire. Je suis bien consciente que cela m’aiderait mais le chemin est long. Je pense que les seules personnes à qui l’on puisse pardonner facilement sont nos enfants et nos parents. Mais certaines blessures font tellement mal que le pardon est difficile. Je sais que l’ego joue un rôle majeur dans ce processus, j’ai encore du travail à faire…. Belle journée

    • Bonjour Corinne nous avons tous une échelle de pardon. Pardonner un oubli ou une maladresse n’est pas identique à l’intention de nuire. Quand on est confronté à la mauvaise foi ou à la perversité, le plus simple est de couper le lien. Ensuite se reconstruire demande du temps et souvent un accompagnement. La plupart des personnes que je rencontre souhaitent pardonner mais l’autre alimente ce ressentiment qui est toujours présent à l’intérieur bien sûr. Merci et bon week-end

  3. Très vaste sujet, j’apprécie la finesse de ton propos. Tout dépend à mon sens de l’intensité de la blessure et de la volonté de nuire subie ….et bien sûr de la sensibilité personnelle.

  4. Le pardon, la pierre angulaire du christianisme, mais qui n’est pas réservé qu’aux croyants, bien heureusement. Tout être est un jour ou l’autre confronté à une offense, une blessure, une douleur… Plusieurs étapes mènent au pardon ou à son refus, c’est une expérience individuelle. Je crois que le pardon est libérateur. L’oubli de « l’offense » peut se produire ou non, la blessure, la cicatrice peuvent ne pas disparaître, mais la légèreté d’un esprit en paix est inestimable.
    Le pardon est une force, j’en suis persuadée. Merci pour tes mots toujours si justes et sages, Stéphanie.

    • L’esprit en paix est un cadeau de la vie car nous avons un mental agité par la rumination. Les émotions nous rappellent parfois qu’un événement reste sensible mais nous sommes en mesure de l’identifier. Le pardon est la fin d’un processus et non le début merci pour ton commentaire Elisabeth

  5. coucou Stéphanie, un sujet très intéressant. je pense qu’il est possible de pardonner mais tout dépend de la situation et du degré du traumatisme vécu. certains actes ne peuvent pas être pardonnée car justement ils sont impardonnables … c’est peut-être libérateur de pardonner mais pas pour moi en tout cas. c’est quelque part une façon de faire souffrir l’autre à la hauteur de ce qu’il nous a fait souffrir… sinon ce serait trop facile… on agit très mal mais on sait qu’on va nous pardonner… je ne pense pas que ce soit de la rancune mais juste une façon de dire « tu ne fais plus parti de ma vie car tu es une mauvaise personne ». bisous.

    • Merci Sandrine pour ton commentaire. Chaque situation est différente en effet. Dans une famille par exemple, on peut faire souffrir nos proches par des choix et en vouloir à l’autre personne. J’ai plusieurs exemples où les enfants en veulent beaucoup à un parent au moment d’un divorce et finissent par comprendre le choix. Combien de frères et sœurs se sont fâchés et réconciliés. Je pense qu’il faut vraiment que de chaque côté on reconnaisse sa part et dans certains cas c’est impossible et l’éloignement ou l’indifférence sont la solution. Bisous 😘

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